📢 Nous devons tous comprendre les enjeux du numérique et de l'intelligence artificielle (IA)
Il y a tellement d’incertitude que nous devons réfléchir à l’éducation pour faire comprendre comment le monde fonctionne et s’adapter au monde qui change, même si nous ne sommes pas à l'aise avec Internet.
Ce site a pour objectif de donner quelques pistes de réflexions sur les enjeux et risques liés à cette technologie
Le rôle de l’IA dans l’information est triple :
Sans information correcte pour chaque citoyen, la démocratie ne peut pas fonctionner. Avec l'IA, des images, textes, vidéos peuvent être créés pour nous donner une impression d'avoir une information sur le réel, alors que des politiques et des puissances étrangères utilisent cet outil pour fabriquer de fausses informations. La désinformation contemporaine est devenue multiforme, rapide et industrialisée, visant les perceptions, les émotions et la cohésion sociale des sociétés adverses.
Usage actuel de l'IA : source d'information pour se renseigner sur une personnalité ou un parti politique
D'après la dernière étude de l'ARCOM parue début 2026 sur les Français et l'Information, "Un Français sur quatre déclare ainsi avoir déjà interrogé un modèle d’IA pour se renseigner sur une personnalité ou un parti politique (25%) tandis que 23% ne l’ont pas encore fait, mais sont prêts à l’essayer. Au final, ce sont donc près d’un Français sur deux (48%) qui a déjà utilisé ou envisage d’utiliser un outil d’IA générative pour se renseigner sur la politique.
Ce résultat a de quoi interpeller alors que s’ouvre une séquence électorale majeure, avec les municipales de mars 2026, puis la présidentielle en 2027. Surtout lorsque l’on sait que les outils les plus utilisés par les Français sont étrangers : 50% des Français ont déjà utilisé ChapGPT (OpenAI), 42% Gemini (Google), 37% Meta AI et 28% Microsoft Copilot.
Ces usages posent de nombreuses questions : souveraineté, ingérence, rapport à l’information et donc, nécessairement, formation des opinions et structuration des choix de vote.
Il est important de noter que l’usage ou l’intention d’utiliser de l’IA générative pour se renseigner sur une personnalité ou un parti politique apparaît plus répandu dans certaines catégories de la population, à l’instar de l’usage des outils d’IA en général : les hommes (57%) mais surtout les jeunes de 18-24 ans (75%) qui pour certains voteront pour la première fois.
L'IA slop interroge l’avenir de l’information en ligne
Extrait du blog du moderateur « AI-slop, web décharge numérique » (20/01/2026)
Le terme « AI slop » (littéralement « bouillie IA ») désigne le contenu numérique créé par IA générative qui se caractérise par son absence d’effort, sa faible qualité et son volume de production écrasant. Cette expression regroupe des images générées avec des erreurs anatomiques flagrantes, des textes truffés d’incohérences, des vidéos surréalistes ou encore de faux avis produits. À l’origine, « slop » désignait la boue qui s’accumule au fond des citernes de navires pétroliers….« Le slop est conçu pour capter l’attention, pour se démarquer dans le flux incessant de nos fils d’actualité », analyse Valentina Tanni, historienne de l'art spécialisée dans la relation entre l'art et la technologie. « C’est pourquoi les vidéos s’attardent souvent sur l’absurde, le non-sens, l’inattendu, le choquant, voire le dégoûtant. »… L’article de 404 Media évoque « .. c’est le stade au-dessus du deepfake, car à force de les regarder, on se détache de plus en plus de la réalité » « au-delà de cette profusion de contenu de piètre qualité, .le quasi-effondrement de l’écosystème informationnel et, par conséquent, de la ‘’réalité’’ en ligne ». Kate Crawford, spécialiste de l’IA, rappelle la phrase du propagandiste d’extrême-droite Steve Bannon, prononcée en 2020 : « La véritable opposition, ce sont les médias. Et la meilleure façon de les contrer, c’est de les inonder de merde. »… Le slop interroge l’avenir de l’information en ligne.
Mais la production massive de contenus générés et/ou falsifiés par l’IA n’est pas le seul danger. L’astroturfing consiste à simuler un mouvement spontané de population pour influencer l'opinion publique, souvent financée par des entreprises ou des partis politiques, ceci au moyen de création massive de profils en ligne (sur les réseaux sociaux, forums, blogs) qui publient des messages favorables ou critiques, afin de manipuler les algorithmes de recommandation qui amplifient automatiquement les contenus ayant le plus de clics. Ces algorithmes de recommandation nous abreuvent de messages sur notre messagerie, la page d’accueil de notre navigateur web et de notre moteur de recherche.
Fonction « Overviews » des IA en remplacement de nos consultations de page web ?
Rupture profonde de nos méthodes d'information ! Et risque pour nos démocraties !
Un article du journal « Le Monde » du 4 aôut 2026 d’Henri Isaac, maître de conférences à l’université Paris-Dauphine, souligne que L’application « WEB », tout comme les applications mobiles sur nos smartphones s’effacent derrière des interfaces conversationnelles et les IA génératives. Les lecteurs ont progressivement abandonné la navigation sur les sites Web au profit des réseaux sociaux, des agrégateurs d’informations, des notifications mobiles. L’arrivée de l’intelligence artificielle générative signe le moment où le Web cesse d’être l’interface principale entre les citoyens et l’information. Les données d’audience montrent que les médias traditionnels ont cessé d’être des destinations pour devenir des contenus circulant dans des environnements contrôlés par d’autres acteurs (réseaux sociaux, fournisseur d’application d’IA).
Par exemple, le déploiement récent de la fonction AI Overviews [« aperçus IA »] de Google implique que répondant directement aux requêtes des internautes par des synthèses produites par intelligence artificielle (IA), Google réduit la probabilité qu’un utilisateur clique vers les sites d’information. Les grandes plateformes comme google contrôlent :
o déjà le référencement, la recommandation d’information et la publicité,
o et maintenant désormais la synthèse, la hiérarchisation, la reformulation et parfois même l’interprétation des contenus. Ils ne se contentent plus d’organiser la circulation de l’information ; ils organisent la manière dont elle est reconstituée et présentée.
👉 « Les systèmes d’intelligence artificielle introduisent une rupture plus profonde : ils séparent la production de l’information de sa consultation. Le média risque de devenir un fournisseur d’informations mobilisées, synthétisées et reformulées par des interfaces qui appartiennent à d’autres….Le débat qui s’ouvre avec l’intelligence artificielle dépasse ainsi le seul avenir de la presse ou de l’audiovisuel. Il concerne notre souveraineté informationnelle, notre capacité collective à produire des connaissances fiables et, finalement, le fonctionnement même de notre démocratie. »
L’écosystème de la désinformation avec des méthodes favorisant
viralité et brouillard informationnel
L’écosystème de la désinformation « s’étend à des entreprises commerciales, des idéologues ou même des particuliers cherchant à prouver leur valeur dans le domaine de l’influence numérique. Ce système s’auto-alimente grâce à la baisse des coûts technologiques : Internet, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle permettent à de nouveaux acteurs d’entrer dans la compétition informationnelle, créant un environnement où la frontière entre vérité et manipulation devient de plus en plus floue... Les outils numériques ont révolutionné la désinformation. Les deepfakes, les sites générés par IA, ou les campagnes de désinformation massives sur les réseaux sociaux permettent de diffuser rapidement des récits fabriqués. Ces méthodes favorisent la vitesse, la viralité et le brouillard informationnel, rendant la vérification de plus en plus complexe. L’objectif n’est plus seulement de faire croire à une fausse information, mais de provoquer une saturation cognitive : submerger les citoyens de récits contradictoires jusqu’à ce qu’ils ne croient plus en rien. Cette stratégie s’avère redoutable, car elle mine les fondements mêmes de la démocratie et du débat rationnel. » (Extrait de l'article sur le site diploweb.com de Christine Dugoin-Clément, Chercheuse à l'Observatoire de l'intelligence artificielle - Université Panthéon-Sorbonne).
L'intervention de pays étrangers dans notre univers informationnel :
Les élites militaires russes ont théorisé depuis trente ans le contournement de la lutte armée, qui n’est plus jugée aussi centrale pour atteindre ses objectifs politiques. Il s’agit d’actions non militaires, comme les opérations psychologico-informationnelles, ou de menées militaires indirectes, comme des actes de sabotage, des assassinats ou l’emploi de sociétés militaires privées pour atteindre ses cibles. Comme expliqué dans le livre paru en 2023 « la guerre de l’information » de David Colon : « En l’espace de quelques années à peine, la puissance des États en est venue à dépendre comme jamais auparavant de leur capacité à recourir à l’information comme une arme, à des fins militaires, politiques ou diplomatiques. Sans que les opinions publiques en prennent conscience, les démocraties et les régimes autoritaires se sont engagés dans une guerre de l’information à l’échelle planétaire… ». « L’une des causes majeures de l’affaiblissement de nos démocraties tient au profond changement de nos façons de communiquer et de nous informer » (Barack Obama à Standford en avril 2022 cité par Le Monde avec AFP le 22 avril 2022).
Formation d'un oligopole de l'information : Les sociétés américaines et chinoises fournisseur des plateformes et d'IA.
Dans un article du journal Le monde du 10 janvier 2026, à l’approche de la présidentielle de 2027, Arthur Mensch, fondateur et dirigeant de Mistral AI (start-up française) alerte sur le risque de voir se former un « oligopole de l’information » avec des assistants IA comme ChatGPT ou Grok, détenus par des acteurs américains et possibles « organes de contrôle de la pensée »… Et de prédire pour les prochaines élections des tentatives de manipulation de l’opinion ou des scandales, comme la récupération de millions de profils Facebook par l’agence Cambridge Analytica lors de la première campagne présidentielle de Donald Trump, en 2016, à l’époque où « on ne mesurait pas encore très bien l’influence des réseaux sociaux ».
Notre relation à l'administration de nos états peut devenir plus opaque. Citons l'article de Hubert Guillaud du 07/10/2025 : "L’IA prédictive comme générative semble offrir une multitude d’avantages à l’élaboration des politiques publiques : de l’analyse de données complexes à l’optimisation des ressources. Elle semble à la fois être capable d’apporter une vision globale et d’identifier les leviers permettant de la modifier. Recourir à l’IA signifie mettre en place des politiques conduites par les données, ce qui permet d’assurer une forme d’objectivité, notamment quand il s’agit de rationner le service public… Mais, cette production de solutions politiques semble oublier que l’IA est incapable de résoudre les problèmes structurels. Elle propose des solutions performatives qui obscurcissent et amplifient les problèmes...".
Guillaud site un article de Dan MacQuillan, maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres : « La complexité de l’IA introduit une opacité fondamentale dans le lien entre les données d’entrée et les résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours".
Le développement de l’Intelligence artificielle peut permettre aussi une surveillance de l’État. Des projets tels que l’initiative Skynet de la Chine montrent comment l’IA peut être utilisée pour surveiller et contrôler les populations, ce qui peut conduire à une érosion des normes démocratiques. Ces systèmes s’appuient sur l’IA pour collecter de grandes quantités de données sur les citoyens, en leur attribuant des notes de crédit social qui affectent leur statut social et leurs libertés.
Certains seigneurs de la Tech développent des idées anti-démocratiques
Peter Thiel, 8ème fortune mondiale, créateur de Pallentir, place la liberté individuelle au-dessus de tout, prônant un capitalisme dérégulé et un Etat minimal, voire inexistant. Il prône un système oligarchique où la gouvernance serait assurée par quelques-uns – des hommes, riches entrepreneurs, de préférence – exaltant le progrès, la technologie, l’individu roi. La monarchie est le meilleur des régimes, soutient-il dans son essai De zéro à un (JC Lattès, 2016). Il ne s’oppose pas seulement à l’Etat traditionnel, il conteste ainsi les institutions américaines, déplorant que « les mécanismes constitutionnels américains » empêchent la « reconstruction de l’ancienne République par une seule personne ambitieuse ». En 2009, il exposait ainsi sa pensée, dans un article intitulé « L’Education d’un libertarien » : « Je suis opposé aux taxes confiscatoires, aux collectifs totalitaires et à l’idéologie de l’inévitabilité de la mort (…). Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. »
👉 voir notre article sur comment lutter contre la désinformation
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