📢 Nous devons tous comprendre les enjeux du numérique et de l'intelligence artificielle (IA)
car nous sommes tous concernés individuellement et comme citoyen,
même si nous ne sommes pas à l'aise avec Internet.
Ce site a pour objectif de donner quelques pistes de réflexions sur les enjeux et risques liés à cette technologie
L’Europe limite le monopole des géants du web par des règlements et directives qui encadrent le monde numérique. Cet article rappelle les divers textes législatifs, règlements et directives (RGPD, DSA, DMA, AI Act) et présente rapidement un historique des principales dates d’entrée en application, et des différentes actions menées par l'Europe ces derniers mois. Et dernièrement, la Commission Européenne a présenté un texte dit "Omnibus" qui ébranle sérieusement certains textes cités ci-dessus.
Rappelons l’évolution des règlements et directives dans le domaine numérique :
• 1995 : adoption de la directive sur les données personnelles
• 2000 : adoption de la directive sur le commerce électronique, qui réglemente les transactions en ligne et l’e-commerce
• 2004–2013 : régulation du numérique par la concurrence
• 2004 : première amende de Microsoft (497 millions €) pour abus de position dominante
• 2009 : amende d’Intel de 1,06 milliard € pour abus de position dominante sur le marché des microprocesseurs
• 2013 : deuxième amende de Microsoft (561 millions €) pour avoir imposé son navigateur Internet Explorer
• 2016 : adoption du RGPD
• 2014–2024 : législation comme le DMA et le DSA
• 2024 : AI Act (Artificial Intelligence Act)
Principaux textes européens
(*) Sur le délicat problème de la protection des données personnelles, les plateformes ont l’interdiction de les croiser sans consentement. Encore faut-il que l’ergonomie permettant de dire « non » à l’utilisation des données personnelles soit performante, ce qui ne semble pas être le cas actuellement.
(**) Le Digital Services Act, voté en octobre 2022 et entré en application en février 2024, joue un rôle important pour la protection des citoyens. Citons par exemple :
• l’interdiction des dark patterns et de la publicité ciblée sur les mineurs ;
• l’obligation de fournir des outils de signalement aux usagers (pour repérer les fausses informations) ;
• l’obligation de transparence sur les algorithmes de modération et de recommandation ;
• la lutte contre les monopoles des grandes plateformes.
(***) Sur l’AI Act, un résumé synthétique est disponible sur le site de l’Union européenne :
https://artificialintelligenceact.eu/fr/high-level-summary/ . Luc Julia, directeur scientifique de Renault, déclare :
« L’AI Act classe les IA selon quatre niveaux de risque et interdit certaines technologies. Ce texte confond technologies et applications : interdire une technologie revient à se priver d’innovations potentielles. »
D’autres textes peuvent être cités, comme la directive (UE) 2024/2831 du 23 octobre 2024 relative à l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme.
Le « Digital Omnibus » est un paquet législatif adopté par la Commission européenne le 26 février 2025 visant à simplifier et harmoniser un large éventail de règles européennes (RGPD, NIS2, DORA, Cyber Act, CRA, DSA, DMA, MiCA, Cyber Solidarité). Toutes sont nécessaires et fondées, mais constituent une véritable jungle réglementaire pour les entreprises, notamment les PME et ETI.
Enfin, soulignons les délais longs de mise en œuvre de ces textes.
Le règlement DMA est progressivement applicable depuis le 2 mai 2023 et est entré totalement en vigueur le 6 mars 2024.
L’AI Act est entré en vigueur en août 2024, avec une application progressive jusqu’en août 2026 :
• 2 février 2025 : interdictions relatives aux systèmes d’IA présentant des risques inacceptables
• 2 août 2025 : application des règles pour les modèles d’IA à usage général et nomination des autorités compétentes
• 2 août 2026 : application complète, notamment pour les systèmes d’IA à haut risque.
Depuis début 2024, l’UE a intensifié ses actions réglementaires et judiciaires dans le cadre réglementaire global (DMA, AI Act, RGPD…) permettant de contrôler, sanctionner et encadrer l’activité des GAFAM et des éditeurs de logiciels IA avec :
1. Des enquêtes et premières sanctions sous le cadre du DMA (Digital Markets Act),
2. Des contrôles renforcés sous le cadre du AI Act (qui rentre progressivement en vigueur),
3. Des procédures sous le cadre du RGPD (Règlement de protection des données),
4. Une montée en puissance des droits des consommateurs et la responsabilité des plateformes
Citons plusieurs les actions timorées de l'Europe en 2025 et début 2026 :
La France ne maîtrise plus les conditions techniques et juridiques de fonctionnement normal de son économie, de son administration et de son espace public…Les administrations, les hôpitaux, les entreprises stratégiques françaises dépendent massivement d’acteurs américains.»
Les sous-secteurs du "numérique" -------------- les principaux acteurs américains
Au plan géopolitique, lenumérique (dont l'IA) est un outil de contrôle stratégique. Les gouvernements, les institutions et toutes les start-ups européennes spécialisées dans l’IA continuent de fonctionner principalement sur l’infrastructure américaine ou ont à tout le moins besoin d’accéder à certaines parties de cette infrastructure. Lorsque le cloud d’Amazon tombe en panne, 30 % d’Internet peut être hors service — et ces coupures nous affectent tous.
La politique (et la législation) américaine contraire à notre souveraineté numérique
Dernièrement, les Etats Unis marchandent leur protection dans le cadre de l'OTAN à l'occasion du conflit Ukraine-Russie, garantie de protection "indexée à des marqueurs de loyauté" : achat d'armement aux Etats-Unis, droits de douane désiquilibrée (en particulier sur les services numériques américains peu ou pas taxés), diminution du cadre juridique européen (IA act, DMA, DSA, RGPD...) sur les services numériques en Europe.
Le CLOUD Act américain, adopté en 2018, permet aux instances de justice américaines de contraindre les fournisseurs de services établis sur le territoire des États-Unis à fournir les données stockées sur des serveurs situés aux USA ou dans d’autres pays. Cette législation extraterritoriale représente une menace directe pour la souveraineté des données européennes. Même si les serveurs sont physiquement localisés en France, un tribunal américain peut ordonner l’accès aux données. Cette réalité juridique rend illusoire toute prétention à une véritable souveraineté numérique tant que l’État français continue de dépendre massivement des solutions américaines.
Le positionnement de la France doit s’accompagner d’une politique progressive d’indépendance dans les domaines qui relèvent de ses enjeux vitaux, comme le numérique, ce qui ne semble pas le cas ces dernières années.
🤦 Quelques exemples de décisions de l'Etat Français !🤖
Dans une tribune au journal Le Monde du 24 octobre 2025, David Monniaux, Directeur de recherche au CNRS, souligne les dangers de la dépendance numérique européenne à l’égard des géants du Web, soumis à la législation américaine.
(In)dépendance des Clouds utilisés par l'administration et les entreprises
Dans le journal Le Figaro du 29 octobre 2025, 35 personnalités dont le haut fonctionnaire Patrice Huiban, l’ancien ministre Arnaud Montebourg et la journaliste Natacha Polony, alertent sur la dépendance américaine de nos clouds labélisés « de confiance ». Ils y voient un danger pour notre souveraineté numérique. " Les données sont devenues l’un des actifs les plus stratégiques de notre époque. Leur maîtrise conditionne désormais notre souveraineté, tant économique que politique.
En complément du cadre européen évoqué, la France pourrait favoriser le développement de solutions souveraines françaises ou/et européennes en soutenant les offres existantes des acteurs du secteur ainsi que des projets « open source » existants ou à lancer. Ce soutient pourrait se faire auprès des acteurs principaux français et européens dans ce secteur (éditeurs, entreprises de services numériques, directions des services informatiques utilisatrices) par :
Tout comme la question de la souveraineté énergétique par le nucléaire depuis les années 60, la question de l’indépendance numérique est aujourd’hui cruciale pour la France. Soulignons en particulier le pétrole de l’intelligence artificielle, les données alimenteront des gains de productivité exponentiels pour nos entreprises et services publics. Sans contrôle sur leur hébergement, ces bénéfices iront enrichir les géants américains comme Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (GAFAM), aggravant le décrochage économique français."
Ci-dessous l'avis de 2 experts
Aurore Lalucq , Présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires
du Parlement européen (le 11 septembre 25 sur Linkedin)
"Ursula von der Leyen... a trahi le rapport Draghi (rapport du 9 septembre 2024, qui proposait des réformes) notamment dans le domaine de la souveraineté numérique. Nous avons accepté que Trump se retire de l’accord sur la taxation des multinationales, soit disant pour apporter de la stabilité à nos entreprises. Dès le lendemain Trump s’attaquait à Ørsted et Novo Nordis et nous menaçait de représailles en cas de taxation des géants du numérique....
Il faut donc évidemment taxer les géants du numérique, puisqu’ils ne vivent pas sans le marché européen. Mais nous devons aussi mettre en place une vraie politique de souveraineté numérique en soutenant nos acteurs européens -via une politique d’achats ciblés notamment - et en défendant notre réglementation."
Yoshua Bengio, chercheur en IA, prix Turing 2019
(équivalent du Nobel pour l’informatique) (article Le Monde du 23 janvier 2026)
« L’Europe doit se réveiller. Les signaux politiques devraient être assez clairs pour se mobiliser comme bloc parce qu’individuellement les pays ne peuvent pas faire grand-chose que ce soit en IA ou en géopolitique...
Ce n’est pas suffisant de réglementer... Il faut avoir des solutions techniques... Et si l’Europe n’a pas d’IA qui soit compétitive avec celle des Américains et des Chinois, elle ne pourra pas être à la table de la discussion sur la manière d’éviter ces catastrophes. »
👉 Pour garder une souveraineté européenne dans le domaine numérique, en prenant de vitesse les politiques de la communauté européenne, par nature non agiles et consommatrices de fonds de l’UE, l’idée émergente est que la formation rapide de champions européens numériques se fera moins par des projets communs décidés politiquement que par les groupes industriels européens eux-mêmes de quelques pays liès par des accords ciblés :
• guidés par les profits à venir,
• soutenus par une législation du type « buying act » obligeant les gouvernements européens à s’approvisionner prioritairement en biens (équipements, services) produits sur le sol européen, et une législation empêchant le rachat de nos champions par des fonds étrangers américains ou chinois ou autre puissance ayant des intérêts divergents des nôtres.
👉 Il est plus que temps pour la France et l’Europe de réagir à cette dépendance, par ailleurs très coûteuse, à des prestataires étrangers qui peuvent à tout moment lui couper ses infrastructures informatiques, ou bloquer les applications numériques vitales pour nos pays …
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